
Épuisé
En réaction à une vague de suicides au Québec, une lettre a été écrite directement aux jeunes adultes de 17-25 ans pour les faire réfléchir, de manière percutante, sur la vie.
Curieusement, il n'est pas question du suicide dans cette lettre. Il est question de la vie concrète, de ce que les personnes vivent AVANT d'en arriver à une crise intérieure. Le but premier du texte est de faire réfléchir et de désamorcer ces bombes à retardement que les jeunes installent eux-mêmes dans leurs relations et dans leurs situations de vie comme dans l'amour, la liberté, la confiance en soi, la peur. Le but ultime, par conséquence, est la prévention du suicide.
Les préfaces sont de M. Michael Sheehan (juge à la cour du Québec et conférencier en prévention du suicide) et de Mme Gabrielle Lavallée (auteure de L’Alliance de la brebis et survivante de la secte de Roch Moïse Thériault).
Extrait :
Introduction
Vous aurez peur ! C’est pratiquement inévitable…
Vous aurez peur de vivre ou de continuerà vivre. De grands ados, vous passez à
PETITS adultes. Mais il ne faut pas paniquer, car
c’est tout ce qu’il y a de plus normal. L’inconnu
et les départs font toujours peur… Ce qu’on
oublie, ce sont les richesses qu’on retire de ces
départs vers l’inconnu.
Au secondaire, vous baignez dans l’eau tiède
avec de la mousse jusqu’aux oreilles et des
jouets plein le bain ! Vous n’avez presque rien à
faire, sauf mâchouiller la bouffe en purée que
vos parents et même vos profs « prémastiquent »
pour vous. Vous êtes encadrés sous tous les
aspects, tant pédagogiques que psychologiques.
Vous ne volez pas encore de vos propres ailes…
et quand ce sera le temps, c’est LÀ que vous
aurez peur ! Surtout si vous êtes un gars ! J’sais
pas ce que nous avons, nous autres, hommes
soi-disant virils, mais nous sommes beaucoup
plus faibles que nous le laissons croire… Hein,
les boys ! Nous sommes juste au premier rang
du décrochage, de la violence, des délits sexuels,
de la criminalité et du suicide ! Pas mal !
C’est un peu – beaucoup ! – pour ces raisons
que je tiens à vous rappeler quelques réflexions
sur la façon de vous voir vous-mêmes, de voir
les autres et de voir la vie. Quelques conseils
qui, je le pense, vous montreront la réalité telle
qu’elle est… tout en vous donnant des outils
qui vous permettront d’être plus forts dans
votre vie. C’est particulièrement lorsque vous
entrerez dans le monde adulte que la menace du
suicide vous guettera ! Lorsqu’on se sent davantage
tout nu sans téléphone cellulaire que sans
valeurs morales qui stabilisent la vie et la
préservent, c’est pas normal.
Le tout sera suivi par quelques mots de
parents qui ont perdu un enfant et qui ont gentiment– surtout courageusement – accepté de
vous écrire. Je les remercie et les admire beaucoup!
Évidemment, je serai fidèle à moi-même,
avec mon langage teinté d’humour noir, cru et
surtout piquant. Veuillez m’excuser tout de
suite pour les fois où je serai trop direct ou
lorsque mon ton sera assez bête, avec des affirmations
excessives qui utilisent des gros mots ;
vous devrez apporter les nuances nécessaires,
car le texte n’est pas politically correct ; il emprunte
un langage oral avec tous les écarts de
vocabulaire et de syntaxe que ça implique.
Comme le disent mes élèves, c’est du «Ti-Carl » ! Je préfère vous faire réagir en provoquant
vos convictions plutôt que vous laisser
indifférents ! Considérez qu’il s’agit là simplement
d’une stratégie du type : « Bon, on va se
parler dans le blanc des yeux, deux minutes.
Attachez votre tuque avec d’la broche ! » Vous
voyez le genre ? Je suis loin d’être «Monsieur
Perfection » et je ne possède certainement pas le
monopole de la vérité. Mais j’estime qu’il faut
cesser de faire l’autruche et se dire les vraies affaires.
Alors, pourquoi vous écrire cette lettre ? Parce
que chaque fois que j’apprends qu’un de vous a
abandonné sa vie, ça me rentre dedans ! Peu
importe qui. Je ne suis pas capable de m’habituerà ça ! Et je ne veux surtout pas m’y
habituer… car s’il fallait que je trouve la situation
normale ou banale, j’atteindrais une
bassesse humaine innommable! Donc, pourquoi
cette lettre? J’écris ces lignes dans l’espoir…
de vous donner de l’espoir… et de vous
faire réfléchir.
Ces pages vous proposent une réflexion de
prévention, pas un outil d’intervention en cas
d’idées suicidaires. Ainsi, si vous êtes en état de
crise, il ne vous faut pas un livre, mais une personne.
Conservez néanmoins ce document : il est le
fruit de longues réflexions. Au pire, donnez-le à
quelqu’un au lieu de le jeter. Autant que possible,
puisqu’il vous bombardera d’idées de
toutes sortes, lisez-le seuls et lentement. De
cette manière, on pense mieux…
Maintenant, suivez-moi. Je crois que je connais
bien le chemin… |